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Questions et détours autour de l'éthique et du management
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"Questionner sa pratique et en parler }?{
lui donner de la cohérence et du sens, c'est comme prendre un raccourci" 10 lecteur(s) actuellement - 165 par jour ; 173 839 depuis 2006. |
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Aujourd'hui, faisons un peu d'analyse
lexicale ; au-delà d'une certaine mode politique en France, vous aurez certainement entendu parler de sûreté et de sécurité. Quelle différence entre ces deux termes ?Sûreté
- Caractère de ce qui est sûr.
- Caractère de quelque chose dont il ne fait pas de doute qu'il aura lieu, qu'il se produira.
- État ou situation de ce qui n'est pas en danger, de ce qui ne court aucun risque. Synon. sécurité.
Sécurité
- État d'esprit confiant et tranquille qui résulte du sentiment, bien ou mal fondé, que l'on est à l'abri de tout danger.
- Absence ou faible proportion de risques d'accidents; ensemble des mesures visant à réduire ou à minimiser ces risques.
Ni le latin, ni l’italien ne distinguent « sûreté » de « sécurité », « securitas » et « sicurezza » et, en français, l’étymologie commune des deux termes dont le deuxième semble avoir été pris à l’anglais plus qu’au latin nous avertit que le sens doit être très voisin.
Ce qui n’est pas le cas en anglais où l’étymologie de « safety » (sûreté) est différente de celle de « sécurity » « sécurité ». To be safe, c’est l’idée d’être sauf d’avoir échappé à un danger, to be secure, c’est n’être menacé par aucun danger.
Certes l’Association Henri Capitant dans son « vocabulaire juridique » distingue « sûreté » de « sécurité » IV Asso. H. Capitant :
« Sûreté : pour chaque citoyen (on précise parfois sûreté individuelle)
a) garantie contre les arrestations, détentions et peines arbitraires
b) garantie de la liberté individuelle qui consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de sa propriété (déclaration de 1793 art. 8) » par extension : la protection dont l’Etat se couvre (sûreté de l’Etat), celle qu’il organise (sûreté publique)
SÉCURITÉ : « situation de celui (…) qui est à l’abri des risques (s’agissant des risques concrets : agressions, accidents…) état qui peut concerner une personne (sécurité individuelle), un groupe (sécurité publique) Par extension : prévention de tels risques mesures et moyens de protection tendant à prévenir la réalisation de ces risques, ensemble de précautions incombant à certaines personnes envers d’autres.
Compensation des risques réalisés, mesure tendant à compenser, chez la victime, la réalisation des risques. (Sécurité Sociale)Toute garantie tout système juridique de protection tendant à assurer, sans surprise, la bonne exécution des obligations, à exclure ou au moins à réduire l’incertitude dans la réalisation du droit.
Sécurité de l’emploi, sécurité du travail »
Ainsi la sûreté serait une garantie, une action qui incomberait aux autorités, la sécurité un état de celui qui n’est menacé par rien. Le premier terme est dynamique, suppose une action au moins éventuelle, le deuxième exprime un état.
« La sûreté est beaucoup plus qu’une liberté particulière ayant un objet déterminé […] elle est, plus largement, la garantie de la sécurité juridique de l’individu face au pouvoir. […] La sûreté constitue donc la protection avancée de toutes les libertés : c’est elle qui permet leur exercice paisible ».
Si nous cherchons maintenant à retrouver trace du concept de sécurité encore plus loin dans le temps, nous découvrirons une évolution assez inattendue.
Naguère en effet, la sécurité comme concept était essentiellement liée à l’âme et à la spiritualité. C’était tout simplement une notion théologique. La sécurité était considérée comme un état d’esprit, une vision du monde et un état spirituel dans le sens tant psychologique que moral. Le terme grec ataraxie (αταραξία) ― tranquillité de l’âme ― a été utilisé pour décrire l’état de sécurité.
Il est intéressant de noter que l’expression avait une connotation négative. La sécurité correspondait à l’absence de problèmes émotionnels ou spirituels, compris comme absence de souci.
(...) À l’époque du passage du grec ancien au latin, ataraxie fut traduit par le terme latin securitas. La connotation se rapprocha davantage de ce que nous appelons aujourd’hui la sûreté (safety en anglais, trygghet en norvégien), autrement dit la stabilité, la fermeté, la solidité, etc. Cela signifie donc que la version romaine de la sécurité avait un caractère beaucoup plus objectif. Le souci et la considération de la sécurité pouvaient dès lors être partagés par plusieurs individus et constituaient par conséquent la base d’une compréhension commune, d’une approche commune et de mesures communes. La notion est toutefois restée dans une grande mesure morale, psychologique et partant subjective. Si l’on est en sécurité, aucune inquiétude ni arrière-pensée ou matière à réflexion ne nous habite, et nous nous trouvons par conséquent sans instinct de conservation et certainement sur une pente dangereuse, surtout par rapport aux forces célestes. (...) Ce point de départ historique nous conduit vers une combinaison assez surprenante de la morale et de la sécurité (...).
Au cours du Moyen Âge, les deux conceptions se sont dissociées pour prendre une orientation différente. Le concept de certitudo (certitude) a détaché la réflexion sur la sécurité axée sur la connaissance du concept de securitas (sécurité). Certitudo signifiait la sûreté dans la connaissance, dans la réflexion, dans la conviction. Securitas a retenu le sens de la sûreté vécue par l’être humain. À partir de là, cette déviation de sens a ouvert la voie au concept moderne de sécurité, qui a donc pu se développer.
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