Samedi 19 mai 2007
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Aujourd'hui, je souhaite partager avec vous
quelques idées abordées dans mon livre de chevet du moment : "L'Ethique ou le Chaos" par Jean-Loup Dherse et Hugues Minguet, respectivement dirigeant d'entreprise et moine bénédictin.
La première fois que j'avais rencontré ce livre dans les rayons d'une librairie, je l'avais rapidement mis de côté, craignant d'y trouver une démonstration de foi chrétienne à l'instar de
certains livres américains mettant en avant la croyance en Jésus comme le nième bon principe d'une série sur le comment bien manager, bien vendre…
Certes, je tends vers l'agnosticisme mais ne rejette pas pour autant le foi, en particulier si elle est critique, que peuvent éprouver certains, quelque soit leur religion de rattachement. Les
ouvrages américains que j'ai eu l'occasion de lire, frôlait la crédulité. Les religions, tout comme beaucoup de sagesses anciennes, sont autant de sources de réflexion sur l'Homme et le sens.
La deuxième fois, une intuition, je l'ai acheté ; il m'a séduit ; son propos est ouvert :
"L'ouvrage n'est pas confessionnel, même si une foi commune nous réunit. Nous croyons fortement que l'éthique n'est liée à aucune culture ou spiritualité
particulières, même si celles-ci peuvent lui donner une tonalité et un éclairage plus profonds. Aussi ne s'étonnera-t-on pas que le moine ne parle pas de Dieu et fonde sa conviction éthique sur
une réflexion anthropologique".
L'écoute de l'Homme et de l'entreprise ; voilà son credo, tout à fait en ligne avec l'esprit de l'Agora.
Venons en au chapitre que je suis en train de lire ; les auteurs font un rapprochement intéressant entre la contingence et les enjeux éthiques. Je dois avouer que je n'en ai pas encore pris toute
la dimension, pour autant qu'il y en ait une ; mais en vous la soumettant, c'est un moyen de l'éprouver.
Non, non, attendez, cette réflexion n'est pas trop éloignée des situations concrètes de notre vie active. En effet, la contingence est un élément de notre carte d'interprétation du monde
et a, de facto, des conséquences sur notre action.
Ainsi, "si l'éthique se définit comme la recherche ou l'art de la relation juste, de l'acte juste, notre manière d'entrer en relation avec la contingence va orienter notre éthique".
Mais, qu'est-ce que la contingence ?
Est contingent, ce qui peut être ou ne pas être (le contraire de nécessaire), ce qui est et qui aurait pu ne pas être (par exemple : je suis né, mais j'aurais pu ne
pas naître. Ma naissance est donc contingente. Par opposition, une fois que je suis né, ma mort est nécessaire. La mort est-elle vraiment une nécessité ?).
Si vous faites l'exercice de passer en revue le management, vous n'y verrez peut-être que contingence. La contingence est une certaine fragilité ; la notion est un écho tout particulier de notre
monde que l'on considère de plus en plus comme chaotique, imprévisible, inattendu (peut-être aussi du fait d'une meilleure connaissance). Dans cet environnement où tout semble incertitude,
comment le sens peut-il émerger ? (d'ailleurs, le sens est-il défini par l'homme ou est-il donné, à découvrir ?). Les valeurs, comme critères de jugement de nos actes et attitudes, sont-elles
également contigentes ? (nous n'irons pas plus loin dans le questionnement ; ce n'est pas le propos du billet et je suis en train de déraper).
Les auteurs relèvent deux attitudes possibles à la contingence : l'acceptation ou la négation.
Ils les présentent comme les deux axes d'un compas (symbole intéressant comme l'outil de la mesure, des justes proportions, de l'évaluation) :
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Contingence refusée : non-sens, totalité, besoin égoïsme, cynisme, domination, exclusion, vide-absence, je suis l'absolu
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Contingence acceptée : sens, infini, désir, bien commun, service de la personne, solidarité, accueil de la présence, ouverture à la relation
Cette présentation binaire semble quelque peu manichéenne. Pour gagner en clarté, voici l'exemple proposé par les auteurs :
"Prenons un exemple très simple, celui de notre attitude à l'égard des matières premières. L "acceptant" aura le sens de la limite des réserves naturelles, de leur
prix, il se comportera plus volontiers avec la mentalité du jardinier (bonsaï) soucieux d'entretenir et non de piller. Le "refusant" se considérera plus spontanément comme s'il était le dernier
habitant du globe, sans souci des générations futures. Il sera peu soucieux de l'impact de son action sauf ci celle-ci peut comporter des éléments nuisibles pour lui."
[Vous aurez relevé qu'ils utilisent comme moi la métaphore du jardinier ! ;-) ICI ]
Dans le cas de la négation, il y a une certaine prétention à être le tout, l'Absolu (alors que nous ne sommes ni la source ni la fin de toute chose). Ce monde de la toute-puissance qui nie
l'Autre aboutit à la domination et à l'exclusion (il ne s'agit pas seulement d'exclusion sociale) ; l'Homme se considère comme un démiurge pouvant façonner le monde à volonté. Cette réflexion sur la contingence pousse également vers une réflexion sur la croissance, tant sur le plan maco-économique que microéconomique.
[Une troisième voie considération semble me possible : je m'en remets à un fol espoir que la science, le progrès repousseront un jour les limites de nos
ressources]
Il est vrai, l'exemple ainsi donné, semble encore partial ; pourquoi utiliser une terminologie à connotation négative concernant le refusant, pilleur, égoïste. Dépassons ce parti pris ; éclairons
la question d'un autre exemple du livre, issu des épicuriens : "Mangeons, buvons, car demain nous mourrons" et un autre issu des cyniques : "Tout est bon pourvu que je
survive".
Sur ces considérations, bonne réflexions ; je retourne dans la lecture du livre pour y trouver peut-être un autre éclairage. Mais attention :
Time is running out
Voir le livre de Dherse et Minguet
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Par La Chouette
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Publié dans : DÉTOURS
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